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samedi 9 février 2013

Funérailles nationales pour le Martyr Chokri Belaïd : en marge de l'Histoire, une histoire de bonnes-femmes

Une marée humaine s'est formée vendredi 08 février pour rendre un dernier hommage au Martyr de la Nation Chokri Belaïd. Des funérailles, désormais illustres, à la hauteur du personnage, de son combat et de la trace profonde dont il a su empreindre l'Histoire de la Tunisie.

Le ministère de l'Intérieur, qui avait estimé dans la journée à 1.400.000 les personnes présentes aux obsèques, s’est ravisé. Aujourd’hui, le chiffre n’est plus que de 40.000. Comme avec les cas de fraude pendant les élections puis avec la formation de la Troïka, s'arranger avec les chiffres semble être la méthode de prédilection du parti Ennahdha pour bricoler la réalité quand elle le dérange et s’arroger une légitimité qu’il n’aura jamais.

Environ 1.400.000 personnes donc s’étaient réunies à Tunis. Des jeunes et des moins jeunes, des hommes et des femmes. Des femmes qui, nous dit-on, pour la première fois de l’histoire de la Tunisie (et même du monde musulman selon certains) ont bravé l’interdiction d’être présentes dans un cortège funéraire comme le veut la coutume. Alors beaucoup ont fait part de leur fierté et ont réitéré leur admiration de la femme tunisienne, flambeau de la modernité.

La veille, il planait pourtant un doute. Elles étaient nombreuses à se demander si les femmes pouvaient participer. La coutume l’interdit. Et même pour des funérailles nationales, il ne fallait pas déshonorer le défunt ou indisposer la famille par cette présence impie. Spontanément, elles s’étaient senties illégitimes à participer, elles s’étaient exclues d’elles-mêmes. Elles n’avaient rien revendiqué, elles attendaient. Quand leur présence a été explicitement autorisée, elles étaient les premières à se congratuler sur l’exception tunisienne.

Cette coutume est certes majoritaire, mais n’en déplaise aux faiseurs de mythes, elle est loin d’être respectée par tous et beaucoup de familles ne s’y conforment pas. Quand bien même tel était le cas, si vous en ressentiez l’injustice – puisque aujourd’hui vous vous félicitez de votre participation – qu’est-ce qui vous empêchait d’enfreindre la norme dans votre propre entourage ? A-t-on pour habitude de vous enchaîner dans les sous-sols les jours d’enterrement ? Non ? Alors qui vous interdisait de prendre part aux cortèges… hormis vous-mêmes ?

À toutes celles qui, sous couvert de respect et de pudeur, s’étaient exclues d’emblée d’un évènement national et historique contre la tyrannie obscurantiste, rappelons que si les femmes n’avaient pas participé, la foule, quelque immense qu’elle ait été, n’aurait pu être que moitié moindre. Et c’est là que vous constatez que vous êtes le point de jonction tenace entre les usages archaïques auxquels vous vous agrippez toujours et la vision d’avenir pour laquelle se battent les islamistes. Une société amputée de sa moitié, divisée et diminuée. « 40.000 » c’est peut-être le chiffre réel dans la Tunisie idéale d’Ennahdha, où les femmes se terrent, s’effacent, s’annihilent. Et c’est là que vous constatez que, bourreaux et victimes, vous êtes les premières ennemies de votre propre liberté, et de fait, la principale entrave à une Tunisie Libre.

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