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lundi 13 février 2012

Les Mutilations Génitales Féminines, bientôt en Tunisie ?

Le 6 février dernier était marqué par la journée mondiale de lutte contre les mutilations génitales féminines. J'avais pensé écrire un petit texte à cette occasion mais étant trop occupée à la rédaction d'autres notes qui concernent la Tunisie j'avais finalement abandonné l'idée. Parce que oui malgré tous les reproches que l'on pourrait faire à notre démocratie balbutiante, mais déjà mourante, nous avons au moins ce mérite en Tunisie, l'excision n'existe pas chez nous. Autant, dans ce cas-là, se focaliser sur les problèmes bien réels que les femmes tunisiennes rencontrent au quotidien. Mais c'était sans compter la visite de sa Sainteté,  Wagdi Ghoneim, éminent savant islamique égyptien, et, accessoirement, farouche défenseur des mutilations génitales féminines, pour une série de conférences dans plusieurs villes de Tunisie.

Qu'est ce que les mutilations génitales féminines ?

Pratiques ancestrales ayant pour but de contrôler la sexualité féminine, afin de garantir la virginité de la femme avant le mariage et sa chasteté après, par  la destruction partielle ou totale des organes génitaux, entraînant ainsi l'absence du plaisir sexuel, les mutilations génitales féminines sont classées en 4 types par l'Organisation Mondiale de la Santé :

- Type I ou Clitoridectomie
Ia : ablation du capuchon du clitoris
Ib : ablation partielle ou totale du clitoris

- Type II ou Excision
IIa : ablation partielle ou totale du clitoris et ablation des petites lèvres
IIb : ablation partielle ou totale du clitoris et ablation des grandes lèvres
IIc : ablation partielle ou totale du clitoris et ablation des petites lèvres et des grandes lèvres

- Type III ou Infibulation
Aussi appelé circoncision pharaonique, il s'agit de l'ablation des petites lèvres et des grandes lèvres, souvent accompagnée de l'ablation du clitoris puis de la suture de la vulve avec du fil à coudre ou des épines d'acacia. Les jambes sont ensuite fermement emmaillotées depuis les hanches jusqu'aux chevilles pendant environ 40 jours pour faciliter la cicatrisation. L'immobilité permet de lier les deux moignons formant ainsi une couche de chair qui recouvre l'intégralité de la vulve hormis un minuscule orifice postérieur, créé par l'insertion d'une tige pour l'écoulement des urines et des règles. Cette pratique est notamment rependue en Égypte.

- Type IV ou non classé
Réunit selon l'Organisation Mondiale de la Santé "toute autre procédure néfaste au niveau des organes génitaux de la femme à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux".

Quelles conséquences pour les victimes ?

Les mutilations génitales féminines sont pratiquées à tous les niveaux d’éducation, dans toutes les couches sociales, et au sein de nombreux groupes religieux. Elles concernent généralement des fillettes âgées de 4 à 12 ans mais dans de nombreux cas, elles incluent des nourrissons -  car les mères pensent que leurs filles souffriront moins et n'en garderont aucun souvenir si elles les subissent immédiatement après la naissance - ou des jeunes femmes juste avant la nuit de noces. Le chirurgien Pierre Foldes, qui a mis au point une technique chirurgicale de reconstruction, décrit ces pratiques comme "un crime multiple fait de viol collectif, d’inceste, de mutilations et d’ignorance". 

Les procédures sont généralement pratiquées avec des outils rudimentaires non stériles, tels que des lames de rasoir , des couteaux, des ciseaux, ou des débris de verre, et sans anesthésie. La victime est maintenue immobile par les femmes de l'entourage, parfois si fort qu'il en résulte des fractures, pendant que l'exciseuse, ou le barbier local comme c'est le cas en Égypte par exemple, intervient. Les répercussions physiques et psychologiques engendrées par les mutilations génitales féminines sont très graves : douleurs insoutenables, hémorragies intenses, états de choc, tétanos, infections, stérilité, kystes, abcès, incontinence, fistule uro-digestive, maladies transmises par le sang (dont le SIDA et l'hépatite B), rapports sexuels douloureux, dysfonctionnement sexuel, problèmes pendant l'accouchement, angoisses, dépressions, etc. 

Dans le cas de l’infibulation, par exemple, la phase de cicatrisation est un véritable calvaire au cours duquel le sang et les urines s'accumulent dans le bas ventre et ne s'écoulent que très lentement. Même après la cicatrisation le fait d'uriner reste très douloureux, cela prend entre une et deux heures. Pendant les menstruations, les victimes doivent s'introduire un petit bâton dans le vagin pour évacuer le sang. Plus tard, au cours de la nuit de noces, il sera nécessaire de pratiquer une désinfibulation pour permettre le coït vaginal. Cela consiste à sectionner la cloison formée par la jonction des moignons des grandes lèvres, libérant ainsi l'accès à l'orifice externe du vagin. Souvent réalisée par les exciseuses dans les mêmes conditions évoquées précédemment, la désinfibulation peut aussi être pratiquée par le mari, qui, pour affirmer sa virilité, tente souvent d'ouvrir sa femme par ses propres moyens, quitte à utiliser un couteau si la manière classique s'avère infructueuse, entraînant parfois le décès suite à diverses complications. Des médecins rapportent, en effet, que la cicatrice peut devenir si dure et épaisse qu'il leur est arrivé de briser leur scalpel au cour d'une désinfibulation. A noter que ces femmes peuvent subir une réinfibulation après le décès du conjoint, le divorce ou après l'accouchement, pour offrir un plus grand plaisir sexuel au mari.

Les mutilations génitales féminines en chiffres

L'Organisation Mondiale de la Santé estime à environ 140 millions le nombre de jeunes filles et de femmes dans le monde vivant actuellement avec les séquelles de ces mutilations sexuelles. On estime qu'en Afrique environ 92 millions de jeunes filles âgées de dix ans et plus ont subi cette pratique et que 3 millions risquent d'être excisées chaque année. Les mutilations génitales féminines sont plus communes dans l'ouest, l'est et le nord-est de l'Afrique, dans certains pays d'Asie et au Moyen-orient, ainsi que dans certaines communautés d'immigrants en Amérique du Nord et en Europe. Avec un taux de prévalence des mutilations génitales féminines supérieur à 95%, l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan comptent parmi les pays où cette pratique est la plus tenace.

Les mutilations génitales féminines en images

Comme le dit l'adage "A picture is worth a thousand words"












Les mutilations génitales féminines en Tunisie

Ces pratiques sont inexistantes en Tunisie et ne font partie d'aucune de nos traditions. Serait-il pour autant possible qu'un jour elles y prennent racine comme le niqab et le kamis ? Il est vrai qu'il s'agit là d'un phénomène autrement plus lourd qu'une futile querelle de chiffons, mais la radicalisation des esprits devient une réalité indéniable. Outre une communauté salafiste qui s’élargit chaque jour un peu plus, la déception et le ressentiment en ces temps tourmentés poussent de nombreuses personnes, victimes de leur ignorance, à se réfugier dans l’ultra conservatisme et à s’identifier de plus en plus au discours rigoriste de certains prédicateurs satellitaires quitte à adopter des traditions qui leur étaient il y a encore un an totalement inconnues. On peut évidemment ergoter sans fin sur les raisons politiques qui se cachent derrière la vague de visites de ces prédicateurs ultra-radicaux en Tunisie, comme l’Egyptien Wagdi Ghoneim, la lutte d’influences entre les forces saoudiennes et qataris, le jeu trouble des partis politiques au pouvoir, et notamment d’Ennahdha pour maintenir leur emprise, etc. Mais la réalité est que, même si l’on s’obstine à diminuer l’importance du discours religieux, sous prétexte qu’il ne serait qu’un type d’instrument de manipulation au service d’une course effrénée à l’hégémonie, qui ne se soucie donc nullement, au fond, de la foi véritable, on ne peut nier son impact dans l’esprit de ceux qui en sont la cible. Par ses incitations à l’excision, en accusant d’apostasie ceux qui s’y opposent, et par la banalisation de cette pratique, en la décrivant comme une simple opération de chirurgie esthétique qui honore la femme, Wagdi Ghoneim imprègne insidieusement les esprits de ses admirateurs – car il s’agit bien entendu de prêcher des convertis, du moins dans un premier temps – et y sème des graines néfastes. Or ces pratiques, fortement soumises à la loi du silence, si elles percent, deviendraient très vite incontrôlables. De-là à en fabriquer une nouvelle tradition, quand ailleurs elles déclinent, il n’y a qu’un pas.

12 commentaires :

  1. On ne peut être que sidéré devant un tel obscurantisme ! Merci à toi pour ce rappel édifiant !

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  2. On tant qu'historien et fils de chirurgiens, je vous salut car avec un tel féminisme actif et dynamique, les acquis de la femmes tunisienne seront protégés et avec un tel nationalisme la Tunisie peut s'intégrer dans la modernité; mais j'ai quelques remarques à vous fournir. Au prime abord, je vous informe que Wadjdi Ghenim n'est pas un éminent savant, car il y'a une grande différence entre savant-théologien et prêcheur. Deuxièmement, les textes de Hadith dont se base Ghenim et avant lui Hassan Tourabi utilisent pour justifier une telle pratique sont des textes très faibles de point de vue la filiation et du contexte historique. Troisièmement, dans la géographie historique de cette pratique nous pouvons remarquer que la circoncision des filles est présente dans l'Egypte, le Soudan, l’Éthiopie; ce qui veut dire que ce type de pratique est présent sur les rives du Nil, car l'historique de cette "tradition" remonte à l'époque de la 24ème dynastie pharaonique ce qui veut dire qu'elle est une pratique pré-islamique et anté-islamique. Mais la question qui se pose pourquoi la continuité de telle pratique dans une société où les moeurs et l'étique diffère et parfois coupe totalement avec le passé? Question qui reste ouverte à la recherche....

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    1. Hier, j'ai fouillé dans ma bibliothèque et j'ai trouvé le symbolique de cette pratique; car comme vous avez déjà annoncée cette "tradition" est très complexe surtout dans son contenu anthropologique. Ainsi, dans les religions polythéiste cette "chirurgie" devint un signe d’obéissance et de fidélité à la divinité. Selon quelques auteurs antiques, il semble que ce rite était en usage chez les Arabes et son usage devint alors le signe, nous dirions le sacrement de l'alliance entre la divinité et la jeune fille.

      Maintenant, nous arrivons à ce W. Ghenim: vous savais que ce monsieur ne fait que rependre la thèse de Hassan Tourabi qui a justifié cette pratique depuis les années 70, mais qui a changé d'avis il y'a quelques années. En effet, ses thèses qui ne suivent pas les spécificité de la société tunisienne seront rejeté; je vous garantie. Des éminents savants tunisiens ont écrit depuis des années sur l'importance de la femmes dans l'histoire de notre Tunisie; je vous renvois aux essais de Taher Hadded, Taher Ben Achour, Mohamed Talbi et Dalenda Larguèche. Au niveau mondiale, il y a bien entendu (comme vous avez signalé) les études réalisées par ONU, l'OMS qui ont joué un rôle capitale surtout en Egypte et au Soudan pour sensibilisé le peuple sur la gravité de telle pratique au niveau psychologique comme au niveau humain et médicale.

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  4. Merci pour cet article et cette prise de conscience. Alors si vous connaissez des amies ayant subi cela, donner leur de l’espoir et faites en effet que cela ne touche pas votre pays.
    Je souhaite partager avec vous une nouvelle très encourageante. Pour les femmes qui ont déjà subi cela….
    Suite au merveilleux travail du Dr. Foldes, un français urologiste et chirurgien, qui a développé une technique opératoire pour rendre leur sensibilité clitoridienne aux femmes qui ont souffert de l’excision, une association (ong) traite toutes celles qui souhaitent faire reconstruire gratuitement leur clitoris et retrouver le chemin du plaisir.
    Les opérations ont déjà commencé en France, aux Etats Unis…..et bientôt au Burkina Faso ou un hôpital ouvrira l’an prochain pour réparer les femmes excisées. Parlez en autour de vous afin que le monde change pour les femmes. Eliane pour www.clitoraid.org

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    1. Oui Lilith. En effet, il y a un suivi psychologique avant et après avec la participation de Larry Ashley et une information sur la sexualité avec Betty Dodson.
      Je suis bien d'accord que ceci ne doit pas touché pas la Tunisie. L'humanité tente d'éradiquer cette pratique donc il n'y a pas de raison qu'elle touche un nouveau pays développé.Il y en a peut être par le fait de l'immigration comme cela se passe en France, Canada, Usa, Suisse, Belgique.....Cela est devenue une pratique légalement condamnable; il faut d'abord éduquer les femmes et les filles, changer la mentalité. Ca vient tout doucement, donc pas assez vite pour toutes celles à qui ca arrive. C'est fou d'imaginer combien nous pouvons être encore barbare en 2012 alors que l'on sait allez sur d'autres planètes, faire voir les aveugles et entendre les sourds, et qu'on continue à couper un petit bout du corps de la femme... et aussi de l'homme; pour moi c'est le même combat. Atteinte à l'intégrité corporelle d'un enfant sans son consentement.

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  5. Il faut enrichir la plainte pour incitation à la haine à la violence par de celle d'incitation à la torture sur petites filles.

    Car le prêcheur (et ses ouailles dimanche 7 000... et les autres jours...) prône le féminicide excisionnel et cela conforte les 6 000 excisions jour qui se perpètrent sous nos yeux ! Des précisions ici http://susaufeminicides.blogspot.com/p/excision.html

    (Entrée par Le Monde, autres féminicides : http://susaufeminicides.blog.lemonde.fr/)

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  6. Dommage que Clitoraid /Raël/Clonaid ne lutte pas contre l'excision féminicide mais engrangent beaucoup de fonds avec sa secte comme déjà fait pour le clonage humain par Clonaid. Attention secte.

    Par contre, l'urologue qui permet de soulager en partie la mutilation excisionnel est un grand homme.

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  7. je ne suis pas arrivée à lire toute la partie "descriptive". Cela fait trop mal.
    Et il est malheureux de voir qu'en Tunisie, nous débattons aujourd'hui d'un tel sujet qui, il y a quelques mois, nous était complètement étranger.

    L'excision est un sujet qui m'a toujours intéressée. Une pratique barbare, qui n'a rien de musulman.

    Il y a un film égyptien relativement récent qui en parle. Je l'avais vu à Paris, mais je ne sais pas s'il est passé à Tunis.

    http://massir.typepad.fr/mon_massir/2006/10/la_frustration_.html

    J'ai moi-même publié un témoignage de Nawal Saadawi sur mon blog, ici:

    http://massir.typepad.fr/mon_massir/2009/11/la-moitie-mutilee.html

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  8. Merci Lilith pour cet article que je me suis permis de partager sur ma page Facebook. Je suis très sensibilisé aux mutilations génitales féminines, depuis presque 5 ans je suis en effet le coordinateur d'un collectif composé d'associations et de personnes qui en région liégeoise (Belgique) se battent contre les mutilations géniotales féminines voici d'ailleurs le lien vers notre site-forum sur la question : http://cmgf.aceboard.fr
    Vers le 22 septembre 2011 a eu lieu au Burkina une conférence regroupant tous les responsables de haut niveau des divers courants islamiques et ceux-ci on en déclaration finale rappelé que les MGF ne sont pas dans le Coran et que le Coran prescrit de ne pas faire de mal à la femme. Ce texte est actuellement diffusé, entre autres au Mali via des amis à moi mais aussi devrait servir de base à un appel aux imams tant dans les pays concernés que partout dans le monde, plusieurs membres (dont nombre de victimes des MGF) de mon collectif sont islamiques et certains pensent que ce texte peut être un bon argumentaire car même si tout le monde est bien d'accord dans les villes et en Europe que les MGF ne sont pas des prescriptions de l'Islam il ne faut pas jouer l'autruche, il est clair que dans certains pays, certaines régions on mêle Islam et MGF puisque c'est une des nombreuses façons d'amoindrir la femme.
    Je me tiens à votre disposition pour plus d'éléments, infos etc...
    Jacques Chevalier
    chevaljak@mail.be

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    1. merci car moi meme je suis une victime je sui prete a tous pour ces pratique macabre stop

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