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mardi 25 octobre 2011

Nous ne vous offrirons pas le plaisir d'un scénario à l'iranienne

Suite à l'annonce des premiers résultats des élections tunisiennes, premières élections libres du printemps arabe, une amertume palpable succède peu à peu à l'engouement initial. En cause, bien évidemment, les multiples fraudes dénoncées inlassablement par certains observateurs et auxquelles s'oppose l'attitude désinvolte affichée par L'Instance Supérieure Indépendante pour les Élections, qui ne semble pas être prompte à sanctionner. Outre la surprise clownesque que nous a réservée Hachmi Hamdi avec son invraisemblable "Al Aridha", et qui sera sans aucun doute très vite rattrapé par la justice, le cas qui cristallise toutes les tensions est celui du parti islamiste Ennahdha. Entre le spectre des tristement célèbres scenarii algérien et iranien et les modèles de nos pays cousins que nous, Tunisiens, aimons tant à montrer d'un doigt railleur, nombreux sont ces citoyens qui tirent la sonnette d'alarme. Le pouvoir en Tunisie serait-il en train d'être confisqué par des forces obscurantistes et rétrogrades ? Nos premières élections libres seraient-elles vouées à être aussi nos dernières ?

En partant du principe que, de toutes les manières, le mode de scrutin choisi ne permet à aucun parti d'obtenir une majorité écrasante de sièges, et que, même sans ces fraudes, Ennahdha aurait eu une représentativité confortable à l'assemblée, on serait tenté de dédramatiser ces résultats préférant nous féliciter avec optimisme de la réussite de ces élections telle que clamée par les médias nationaux et internationaux. Mais si l'on fait preuve d'un minimum d’honnêteté intellectuelle on serait également en droit de nous interroger sur les raisons pour lesquelles ce parti a eu recours à tant de stratagèmes pour gonfler ses résultats, s'attribuant ipso facto le soutien incontestable des masses. Serait-ce donc là l'objectif de ses leaders; afficher une légitimité que ni leur passé terroriste, ni leurs méthodes RCDistes, ni surtout leur rendez-vous manqué avec la révolution tunisienne ne leur octroient ?

Encore en convalescence d'une rhinocérite aiguë, qui faisait rage il n'y a pas si longtemps, et nostalgiques de cette époque où la Tunisie était "bi5ayr", les Tunisiens choisiront pour la plus part d'accepter les résultats quels qu'ils soient, quitte à fermer les yeux sur les fraudes qui les entachent. Pourvu que le calme revienne. Ils finiront même par chercher à s'identifier à ce parti qui, il y a quelques semaines encore, leur  était ineffable. Je me suis ainsi entendu dire par une connaissance n'ayant même pas donné sa voix à ce parti et qui, il y a encore quelques jours seulement, prétendait que la seule évocation de son nom lui causait des aigreurs d'estomac, qu'elle ne voyait pas en quoi ce serait problématique d'appliquer la charia en Tunisie. Que les hommes aient le droit d'en épouser même dix, qu'on coupe la main aux voleurs et qu'on prohibe l'alcool, n'est ce pas là notre religion ? En quoi moi, musulmane, cela m'affecterait ? L'islam est notre religion et que la charia devienne notre loi, cela ne peut que nous être bénéfique. Si tout le monde a voté pour eux c'est qu'ils ne doivent pas être si mauvais qu'on veut bien nous le faire croire. Et puis on les attaque surtout parce qu'ils sont musulmans, si cela avait été un autre parti, comme le Parti Démocrate Progressiste, personne n'aurait rien dit. Combien de temps encore va-t-on être dans la contestation ? On l'a faite cette révolution, maintenant passons à autre chose. L'ironie étant bien entendu l'effort déployé par ce même parti pour rassurer ses détracteurs sur une éventuelle dynamique rétrograde.

La politique de victimisation systématique, la stigmatisation des courants progressistes et la manipulation du sentimentalisme identitaire auront donc préparé le terrain. L'inexpérience démocratique, le besoin viscéral d'homogénéité et l'angoisse mortifiante de la différence enfin donnent le coup de grâce. A défaut de défendre ses propres idées par conviction, le Tunisien adhèrera aux idées des autres par défaut. Toute voix discordante s'élevant au-dessus de l'unité des masses pour dénoncer un quelconque abus sera alors désavouée. Le rôle de l'opposition ainsi marginalisé, les autres partis politiques n'auront d'autres choix, pour exister au yeux du public, que d'aspirer à la bénédiction de la sacrosainte Ennahdha. Et voila comment le vilain petit canard s'est transformé en cygne majestueux. Il ne faut pourtant pas perdre de vue que la démocratie n'a jamais été l'affaire de la majorité, ou alors la Tunisie n'aura jamais été aussi démocratique que du temps des 99% de Ben Ali. Il faut donc se méfier de cette proposition bienveillante de former un gouvernement  de coalition qui pourrait bien signifier une confiscation du pouvoir à long terme. Car une démocratie se défini avant tout par une pluralité représentée par un équilibre solide entre un pouvoir et un contre-pouvoir.

Le risque qu'une nouvelle dictature, se nourrissant de la fougue d'un peuple fraîchement libéré, succède à l'ancienne est certes indéniable mais c'est un risque qui n'est pas imputable aux seuls islamistes. Fidel Castro est, semblerait-il, loin d'être un islamiste. On peut donc, certes, saluer le taux de participation record des Tunisiens, le civisme dont ils ont fait preuve, et leur optimisme face à l'avenir, mais il incombe à chacun de rester vigilent même si le rêve d'une Tunisie apaisée et stabilisée tarde à se réaliser. Et c'est dans ce sens là qu'on ne doit pas accepter de fermer les yeux sur ces fraudes. Ne soyons pas défaitistes, notre destin ne nous a pas encore échappé des mains, il nous suffit de faire le choix d'AGIR.

3 commentaires :

  1. Je trouve ton analyse vraiment pertinente et malheureusement les bornés et frustrés de bases se contenteront de reproduire toujours le même discours, non vous dites ça parce que c'est notre parti et pas pour les fraudes. Pourtant les fraudes sont bien là, tout le monde les dénonces alors pourquoi vouloir absolument pratiquer la politique de l'autruche ? Grande question

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  2. Je partage une bonne partie de votre analyse, mais il faut dire qu'il y existe beaucoup d'erreurs méthodologiques.
    Tout d'abord, il faut distinguer entre le cas iranien et la réalité du terrain en Tunisie qui était depuis 3000 ans un pays ouverts sur les différents courants civilisationnel contrairement à l'Empire Sassanide exemple de conservatisme. En plus, il ne faut oublier que la Tunisie (avec l'Egypte) était le berceau de la renaissance arabe du XIXéme siècle: La Tunisie était le premier pays dans le monde musulman qui avait entreprit son processus de modernisation avec la déclaration du 1ére constitution dans le monde arabo-musulman en 1861. Ce qui veut dire que le peuple tunisien est déjà près à consommer la transition démocratique.
    En suite, la place de la charia dans la législation est microscopique, et le role des docteurs dans la vie politique est presque inexistant depuis le XVIIIéme siècle, ce qui veut dire que la société tunisienne est déjà prête a distinguer entre la politique et la religion (Voir. BEN ACHOUR,La deuxième Fatiha, Paris, PUF, 2011).
    En fin, La femme tunisienne était avant gardiste, depuis le XIVéme siècle et vous n'avait que consulter le sens du « Al-Çadaq al qayrawani » est un mariage singulier où l’épouse tenait en main les leviers de commande du comportement matrimonial de l’époux : C’est un contrat de mariage singulier dans le monde musulman, stipulant l’interdiction de la polygamie à l’époux. Ce qui veut dire que la femme tunisienne du XXIéme, riche du longue tradition, sait très protéger ses acquis. Ainsi, comparer la Tunisie à l'Iran me semble de anachronisme, car il s'agit de deux contexte historique et sociale très différent.

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  3. Certes mais le cas iranien / algérien fait plus référence ici à un fantasme partagé dans l'imaginaire collectif qu'à une réalité historique, c'est dans ce sens là que je le mentionne. Le but n'était pas de ramener sur un même plan deux réalités distinctes.

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