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jeudi 30 juin 2011

Les invasions barbares

... et quand ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester.

L'heure est à l'indignation en Tunisie. Dans le cadre d'une manifestation culturelle pacifiste visant justement à défendre la liberté d'expression, une horde de barbus primitifs a pris d'assaut une salle de cinéma du centre-ville de Tunis : façade saccagée, participants et spectateurs agressés verbalement mais aussi physiquement. Six mois après la fameuse révolution pour la liberté, la dignité, la justice, et toutes ces belles paroles, le jasmin en ce début d'été exhale des relents de putréfaction.

Est-ce un acte isolé ? Non. La gangrène islamiste gagne du terrain un peu plus chaque jour et chaque jour ce sont de nouveaux aspects de la vie quotidienne qui succombent à la nécrose. Depuis les revendications les plus farfelues inspirées d'un autre âge, jusqu'aux agressions verbales et physiques de personnalités publiques ou de parfaits anonymes, en passant par les mascarades improbables organisées par leurs leaders politiques, chaque manifestation de ces barbus immémoriaux confirme, sans équivoque aucune, leurs intentions : confisquer le pouvoir et faire tomber le pays sous le joug d'une dictature théocratique.

Comment en sommes-nous arrivés là ? L'apathie. Ce qui est préoccupant aujourd'hui ce ne sont pas tant ces actes de barbarie - on l'aura compris, le barbu est un phénomène curieux résultant de la survivance à travers les siècles d'une espèce d'hominidé préhistorique - que leur multiplication. Car en effet, comment est-il possible que le pouvoir de nuisance de ces parasites s'en va grandissant sans que l'on puisse y mettre un terme radicalement. Leur existence même au sein de cette société est illégitime et chacune de leur apparition est le théâtre sordide de transgressions en tout genre. Pourtant, s'ils se complaisent tant dans la provocation, c'est bien qu'un certain sentiment d'impunité les conforte dans leurs agissements.

D'où leur vient cette arrogance ? Des membres des forces de l'ordre d'abord - oui ceux-là même à qui chaque citoyen délègue son droit de se défendre en contre-partie de l'assurance de sa sûreté. Quel est donc ce mal inouï qui s'est abattu sur eux depuis la révolution et qui semble les condamner à une inertie fatidique dès que les islamistes pointent le bout de leur barbe. Rappelons pour les étourdis que le ministère de l'intérieur trône massivement à l'entrée de l'avenue principale du centre-ville de Tunis, à une centaine de pas de la salle de cinéma attaquée dimanche par les factionnaires d'Allah. Pourquoi est-ce que ces illuminés dominicaux ont-ils eu le temps de détruire l'entrée du cinéma, de pénétrer à l'intérieur de la salle, de s'attaquer aux participants et aux spectateurs avant que la police n'intervienne ? Une passivité systématique pour seule réponse à leurs innombrables démonstrations de force à travers tout le pays, voila qui est bien douteux.

Du reste de la populace ensuite. Sans doute trop longtemps exposé aux radiations mauvesques de l'ancien régime, le tunisien lambda semble avoir littéralement absorbé le slogan "تونس بخير ". Circulez y a rien à voir, au pays des Bisounours tout le monde se tient par la main et danse la ronde de la joie. Les barbus sont une chimère, retenons notre respiration, serrons les dents et restons immobiles, ils finiront par passer leur chemin. Une mixture infecte, en somme, faite de résignation et de déni et qui n'est finalement que la démonstration flagrante de cette mauvaise foi que dénonce Nadia El Fani dans son film "Ni Allah Ni Maître", i.e. l'objet de la discorde. Excusant l'émotivité de l'abominable homme des sables, nombreux sont ceux qui compatissent à son ineffable douleur face à l'infâme. Ils justifient ainsi l'injustifiable arguant que la projection de ce film est une provocation à laquelle le contexte actuel de la Tunisie ne se prête pas, ou encore que les partisans de cette projection vont trop loin dans la revendication des libertés, rappelant qu'étant dans un pays musulman il fallait respecter certaines limites.

Noter tout d'abord cet aveu touchant de l’incompatibilité entre liberté et Islam. Dans un pays musulman on peut certes jouir d'une forme de liberté toute relative mais avec parcimonie et à certaines conditions. Reste à déterminer lesquelles, vaste débat, mais surtout faux débat. La liberté est entière ou elle n'est pas. Si négociations il y a, elles ne porteront que sur le mou de la laisse dont on concède à se parer. Ensuite, il est bien singulier de constater que dans un pays fraîchement "révolutionné" le mot liberté est synonyme de provocation. La seule liberté que prend le film pourtant, c'est d'interroger la société sur ses propres travers. La culture du non-dit, le culte de l'hypocrisie qui font de la schizophrénie une norme vitale en Tunisie. C'est bien là une réalité qu'aucun Tunisien ne peut ignorer, qu'y a-t-il alors de si offensant, de si offusquant pour ainsi risquer de faire échouer le défi démocratique au profit d'une bande de fanatiques allumés ? Car ce qui devrait nous inspirer un tel sentiment de rejet, ce n'est nullement le film en lui-même, mais plutôt la société qu'il dépeint et qu'il est grand temps de corriger. Par ailleurs, quel pire affront peut-on affliger à cette si merveilleuse religion qu'est l'Islam que de l'assimiler à l'hypocrisie sociale que dénonce le film au point de confondre critique constructive et blasphème ? Si l'on en croit la vindicte populaire, "Ni Allah Ni Maître" attaque l'Islam, devons-nous alors en déduire que l'Islam est un simple phénomène de société dont les seules valeurs sont le mensonge et l'hypocrisie ?

A moins que toute cette agitation ne serve que de prétexte à la persécution de Nadia El Fani à la suite de la déclaration publique de son athéisme. Ainsi, en 2011 en Tunisie, pays en apparence civilisé et ouvert sur le monde, assumer une opinion religieuse minoritaire est passible de mort. Devons-nous encore rappeler que la religion est une affaire personnelle et que chacun est libre dans la sphère privée de mener sa vie selon les préceptes qui lui conviennent ? De toute évidence oui. Mais ce qu'il est nécessaire de souligner par dessus tout c'est que sous un régime théocratique, chacun de nous est voué à devenir Nadia El Fani. Car si on estime aujourd'hui légitime de débattre publiquement d'une opinion personnelle simplement parce qu'elle porte sur la question de l'athéisme, demain ce sont des tribunaux populaires qui s'organiseront pour condamner la couleur trop voyante d'un foulard ou d'une paire de chaussettes. En effet, contrairement aux idées reçues imposées par cette simplicité d'esprit toute Tunisienne, faire parti du troupeau n'a jamais constitué une garantie et chacun peut s'en trouver arbitrairement banni. A fortiori en Islam où les interprétations se suivent et ne se ressemblent pas. C'est donc d'abord pour garantir ses propres droits que l'on défend celui des autres à être différents. La démocratie n'a jamais été l'affaire du plus grand nombre. Elle ne peut s'enraciner sans la pleine reconnaissance des minorités par la majorité. En revanche, devoir se soumettre à la volonté d'une majorité écrasante pour pouvoir bénéficier non plus de ses droits mais de certains privilèges, c'est là justement le propre de la dictature.

De fait, les attaques dont est victime Nadia El Fani ne font que confirmer une fois de plus la nécessité alarmante d'imposer la laïcité en Tunisie. Par leur barbarie, les islamistes ont effectivement instauré un rapport de force qu'on ne peut esquiver. A chaque occasion ils se sont montrés absolument incapables de dialogue et si le simple fait de leur déplaire nous vaut aujourd'hui tant de violence qu'en serait-il si par miracle ils accédaient au pouvoir ?  N'oublions pas que la Tunisie n'est pas encore un pays démocratique, elle n'en est qu'à la phase de transition et rien n'est acquis. Aujourd'hui l'heure n'est plus à l'indignation, la guerre est déclarée et c'est maintenant qu'il faut monter au front pas dans vingt-trois ans.

9 commentaires :

  1. Un plaisir comme toujours !
    Par contre, "imposer la laïcité" ne me plaît pas, je suis allergique au verbe !
    J'aimerais d'ailleurs découvrir le raisonnement qui t'as amené à choisir ce verbe.

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  2. Merci :)
    pour ce qui est d'imposer, oui c'était voulu, parce que la laïcité devra s'imposer en Tunisie, nos libertés nous les arracherons avec les dents s'il faut. Comme je l'ai dit les barbus nous déclarent la guerre et c'est à nous de les remettre à leur place. Voila j'espère que ça répond à ta question. merci encore :)

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  3. ...Ton dogmatisme me rappel Abdelwahab Meddeb, moi contrairement à tout ce que tu dis j'ai pas peur des barbus malgré leurs agissements qui ne prouvent une fois de plus que leurs ignorance et j'ai grande confiance en notre peuple qui saura se montrer sage en son choix au prochaine élection.
    On est pas en guerre, y'a juste un état d'anarchie. Cela revient en grande partie à la mauvaise gestions de nos dirigent actuelles qui suivent une politique assez connu pour distraire le peuple sur des problèmes périphériques pour qu'on critique pas leurs agissements et leurs erreurs.

    Les barbus comme les nazies en Europe ont le droit d’exister et d'avoir leurs mots dans politique du pays car que tu le veuille ou non ils sont aussi tunisiens que toi. Une partie de nous qu'on doit accepter et assimiler pour les organiser et les civiliser c'est mieux que de les exclure car on ne fera qu'alimenter leurs haine. Les accepter, c'est aussi les avoir sous contrôle.

    Barbus et laïque pourraient être les deux extrêmes qui permettra à notre société de toujours trouver le centre (le bon cape).
    Je pense qu'il faut pas brusquer les chose en imposant ceci ou cela mais suivre une méthode pédagogique pour expliquer se qu'est l'islam par le billet de formations dirigées par des instructeurs religieux qualifiés dans tout le pays. Ces barbus sont pour la plus part le fruit de l'ignorance de l'islam qui c'est imposé depuis quelques décennies par l'imposition de la laïcité des dictateurs mit en place après la sortie des colonisateurs. Le tunisien au lieu de découvrir sa religion chez lui, il se heurte a un mure de tabou et fini par ouvrir la télé sur des chaine extrémistes et s'il a accès au web c'est direct les courant wahabistes qui le séduirons le plus.

    Pour résumé la Tunisie doit rester un état Arabo-musulman car c'est la seul façon de contenir et diriger toutes les facettes de sa société.

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  4. Je suis quand même contente qu'un barbu prenne la temps de lire tout mon texte avant de crier allahou akbar et de dédier une page facebook à ma mort.

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  5. J'ai commencé à te répondre en fait mais finalement je préfère juste souligner les phrases qui te trahissent :

    Les laïques sont des extrémistes (parce que oui c'est bien connu les laïques kamikaze qui se font sauter dans des mosquées ou qui jette du vitriol au visage des gentilles femmes voilées)

    La Tunisie doit rester un état arabo-muslman car c'est la seule façon de contenir et diriger toutes les facettes de la société (en gros pour toi toutes les facettes de la société se résume à l'identité arabo-musulmane : les juifs, les chrétiens, les athées, les agnostiques, les berbères, les bouddhistes, etc peuvent aller se pendre ils seront broyés sous le rouleau compresseur du totalitarisme religieux que vous prônez + mention spéciale à "contenir et diriger" comme un troupeau en gros, si ça c'est pas du discours puant bien fasciste je m'y connais pas)

    et bien sûr inutile de mentionner la référence aux nazis qui estimes tu candidement on le droit d'exister en Europe (oui là où y a plein de méchants juifs à dégommer)mais je te rappellerais juste que des actes de violences pouvant entraîner la mort sur des victimes dont le seul tort c'est d'être d'une certaine religion ou couleur de peau etc. est un crime et non un droit. Mais encore fois ce sont les des détails dont vous barbus criminels ne vous embarrassez même pas.

    merci pour ces subtilités qui confirment divinement ce que j'ai mentionné plus haut dans mon article :D

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  6. Je hais la police à part ça tout va bien! Disons que l'enrobage n'est pas vraiment adapté à ton message.

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  7. ah la police de caractères !! lol j'ai eu un doute au début !
    Oui je sais tout le monde la déteste mais moi je l'aime comme ça <3

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  8. Bonjour Lilith. Merci pour tes éclaircissements sur la situation actuelle de ton pays. J'aime beaucoup le caractère "objectif" de ton billet, ceux de tes commentaires. Entre autres, effectivement le nazisme est banni de toute représentation officielle en Europe, y compris dans les partis populistes (Front National en France) où l'on exclut les partisans ayant des propos xénophobes trop voyants qui pourraient nuire à la montée progressive des votes en faveur de ces courants, (accroissement que je déploire évidemment), mais qui sont la résultante de politiques néo-libérales et de la situation financière mondiale, européenne par voie de conséquence. Merci également de souligner que la laïcité n'est pas incompatible avec les croyances que chacun peut avoir, laïcité signifiant simplement que l'Etat est indépendant de toute appartenance à une doctrine religieuse. Ex.: l'enseignement laïc (langues, mathématiques, histoire, géographie) est obligatoire pour tous, l'enseignement religieux (catholique, protestant, juif, mulsuman ou autre) est facultatif et non ingérant.

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