Retrouvez-nous sur Google+

vendredi 18 février 2011

Pourquoi les idées rétrogrades des islamistes pourraient facilement s'imposer en Tunisie

Bien que je sois tentée de faire un long récapitulatif de la "Révolution Tunisienne", dégoulinant de patriotisme larmoyant, ne serait ce que pour situer les événements qui me poussent à écrire ces quelques lignes, je préfère m'abstenir. Car de cette révolution tunisienne il ne me reste rien. De cette révolution tunisienne j'ai déjà oublié les images saisissantes de cadavres baignant dans des mares de sang, le visage, couronné d'un crâne émietté,  figé dans une ultime expression d'effroi. J'ai aussi oublié l'ivresse extatique du 14 Saint, les foules, les slogans, l'union, le Départ, les réjouissances, les célébrations, la solidarité.


Aujourd'hui ce peuple en liesse, paré de rouge et blanc, entonnant triomphalement l'hymne national a abdiqué. Sa prétendue gloire, il ne l'a pas cédée à quelque héritier du clan présidentiel déchu, ni à quelque autre figure politique ayant su saisir au bon moment les opportunités qui se présentaient. Non, le peuple tunisien a flanché devant un ennemi bien plus insidieux, plus dangereux, car il faut bien plus qu'un mois de violences et une journée de protestations pour en venir à bout. Il requiert de l'acuité, de la perspicacité, de la clairvoyance et surtout un long travail introspectif pour laisser derrière soi, une bonne foi pour toutes et avec conviction, ces a priori que l'on orne des titres de "tradition", "coutume", "héritage" ou encore "identité".

Aujourd'hui en Tunisie, pendant que chacun caquette, s'efforçant, les yeux rivés au sol, de picorer les quelques miettes illusoires jetées par la poignée de manipulateurs opportunistes qui ont su tirer leur épingle du jeu en maniant avec dextérité la fièvre dégagiste qui s'est emparée de la populace, pendant ce temps, des Tunisiens unis, s’efforcent de construire cette Tunisie nouvelle que tout le monde a rêvé à sa manière un certain temps, mais que chacun a relégué aux oubliettes pour une poignée de dinars de plus.

Ces valeureux citoyens, qui eux n'ont pas perdu de vue leurs objectifs, qui ont gardé intactes leurs ardeurs qu'ils déploient à l'unisson, ce sont les islamistes. Et le détail minime de leur absence durant toute cette révolution ne semble retenir l'intérêt de personne. Même aux journées les plus sanglantes, personne ne les avait vu, ni entendu, idem pour la fameuse journée du 14 janvier, où aucun messager du divin n'était venu se joindre à la fête, ne serait-ce que pour le quota, pour le principe, pour la photo souvenir, rien!

Maintenant que le danger leur a été écarté, que le champ leur a été laissé libre, maintenant que le véritable travail de construction commence, les troupes s'organisent. Ils ont la volonté, les moyens et le Coran. Et ce qui était, il y a encore quelques semaines, plus improbable encore que le départ de Ben Ali, prend de l'ampleur, et de jour en jour leurs rangs s’élargissent de nouveaux partisans. Des hommes, et des femmes même, qui ont passé toute ces années à ingurgiter les discours rétrogrades des chaînes wahhabites, sans oublier ces anciens exilés qui ont eu tout le loisir, dans cet occident du diable et au nom des libertés qu'ils conspuent aujourd'hui, de se former aux pensées les plus obscurantistes et aux méthodes les plus violentes, comptent bien la bâtir à leur image cette nouvelle Tunisie.

Je n'ai aucun mal à imaginer une dystopie où la Tunisie serait tombée sous la coupe des islamistes. Le scénario catastrophe ne semble plus être si loin puisqu'aujourd'hui on manifeste nombreux, en exhibant les drapeaux noirs, pour crier tout son rejet de la démocratie et même de la Tunisie, pour exiger le califat et le retour à la charia. Puisqu'aujourd'hui on prend d'assaut la synagogue de Tunis en scandant des slogans hostiles à toute forme de diversité. Puisqu'aujourd'hui sans aucune autre légitimité que celle de la violence, on ferme les maisons clauses et les brasseries, ces lieux de débauche dont il faut épurer la Tunisie. Puisqu'aujourd'hui après 23 années de dictature, les masses appellent au retour de la censure pour protéger les bonnes mœurs des Tunisiens des dangers perfides de l'internet.

L'alcool, le sexe et les juifs comme bouc émissaire. Qui pourrait leur opposer une véritable résistance avec une telle stratégie du détournement aspirant illico sous l'étiquette de la débauche et de la trahison chaque voix qui daigne s'élever pour dénoncer ces dangers. Et quels médias de grande écoute oseraient héberger des débats concernant les questions de la prostitution, la consommation d'alcool, la pornographie, sans se voir accusé de diffuser des messages hostiles à l'Islam, et d'être un instrument à la solde de l'axe sataniste américano-sionisto-maçonnique qui tente d'avilir la "Ouma" et de la maintenir dans la dépravation et l'ignorance pour empêcher son élévation et sa prospérité. Et allez leur expliquer après ça que nos juifs sont aussi Tunisiens que le plus barbu de leurs vrais musulmans.

Vous dites "laïcité"? Vous dites "liberté" et "diversité" ? La masse entend "débauche" et "sionisme", elle entend "identité"!

Cette masse, majoritaire, est tout acquise à leur cause, quoiqu'on en dise, la schizophrénie légendaire des Tunisiens ayant durant toutes ces années ouvert la voie à l'intégrisme et entretenu le feu secret des idées rétrogrades. Les revendications de ces islamistes ne représentent en effet que la prolongation de ces valeurs tunisiennes jalousement préservées dans toutes les couches de la société.

Comment voulez vous donc que la vox populi s'insurge, au nom de la liberté, contre la fermeture des maisons closes et l'appel à la censure des sites pornographiques, quand la sexualité sous sa forme la plus saine et la plus naturelle est elle-même marginalisée et diabolisée? Comment voulez-vous donc que la vox populi s'élève, au nom de la liberté, contre la fermeture des brasseries, quand la vente d'alcool est interdite les vendredis et que la consommation d'alcool est interdite durant le mois de ramadan. Comment voulez-vous que l'on glorifie les libertés individuelles quand dans notre société l'idéal unique et absolu de l'accomplissement personnel passe par l'exhibition des liens sacrés du mariage et l'institution de la famille? Comment voulez-vous que l'on s'indigne des propos phallocrates de ces islamistes quand la valeur de la femme tunisienne est jaugée à la qualité intacte de l'hymen quelle présentera en offrande à son acquéreur lors de la nuit de noces. Comment voulez vous que l'on défende bec et ongles le principe d'égalité quand entre les hommes et les femmes se dresse un gouffre insondable maintenu par une éducation partiale et inique dans les valeurs et les principes inculqués aux filles et aux garçons dès leur plus tendre enfance? Comment, est-ce que l'on peut, aujourd'hui en Tunisie, au nom de la diversité s'émouvoir des attaques contre la laïcité quand tout comportement contraire à la bienséance tunisienne n'est admis et accepté que de la part des étrangers sinon sévèrement réprimé au sein de la société par tous?

La vérité est que les Tunisiens ont trop longtemps nourri le mensonge publicitaire de l'exception tunisienne sans jamais se soucier de l'utilité de joindre l'acte à la parole. La vérité est que la société tunisienne est constituée d'un ensemble homogène d'entités identiques et que cette diversité qu'on s'échine à défendre n'a jamais existé en dehors de sa fonction ornementale. A califourchon sur les contradictions, les Tunisiens ont toujours fait le choix de l'hypocrisie et s'ils s'inquiètent aujourd'hui de l'emprise des islamistes c'est qu'ils savent pertinemment qu'ils leur ont eux-mêmes préparé le terrain pour un retour en grâce.

13 commentaires :

  1. Bravo ! Tu as très bien recentrer le problème.

    RépondreSupprimer
  2. Vous avez parfaitement raison, mais il faudrait au moins essayé d'y remédier au maximum car pour changer les mentalités, il faut s'insurger, imposer sa différence jusqu'à ce qu'elle soit acceptée. C'est un peu virulent comme méthode, mais ce problème est si profond et grave que c'est le meilleur moyen d'y remédier.

    RépondreSupprimer
  3. Il faut imposer la différence oui mais la majorité écrasante de ceux qui tremblent devant l'islamisme ou se mettent soudainement à chérir les principes et les valeurs de la laïcité ont fait et font encore partie du troupeau de schizophrène dont l'hypocrisie légitime aujourd'hui les revendications des islamistes.

    RépondreSupprimer
  4. Ce qui est inquiétant c'est que même un alcoolique ou un "client" d'un bordel peut facilement aller du côté des islamistes si ces derniers savent bien s'y prendre avec leur discours.

    En même temps ce ne sont pas les gars qui appellent à la califat qui m'inquiètent personnellement. Leurs nombre est très limité (quoique, ça augmente de jour en jour) et leur influence et leur image ne sont pas bien reçues par le tunisien "standard". Ce qui m'inquiète ce sont ces islamistes qui se la jouent "modérés" pour le moment. Ils gagnent des sympathisants de jour en jour et j'imagine que, si jamais ils arrivent au pouvoir, c'est là qu'on aura droit à leur vrai visage.

    RépondreSupprimer
  5. malheureusement ce que vous dites n'est que trop vrai. personnellement j'ai jamais cru au genie d'un peuple inculte.

    RépondreSupprimer
  6. En latin on dit "Argumentum baculinum". Vous avait bien analysé la situation de notre Tunisie. Maintenant il faut dire "non delenda Carthago" et "Sol luceit omnibus".

    RépondreSupprimer
  7. Merci juste une petite rectification c'est "Sol lucet omnibus" et non "luceit"

    RépondreSupprimer
  8. LA VÉRITÉ,TOUTE LA VÉRITÉ ET RIEN QUE LA VÉRITÉ
    MISE A NU !
    kaouther T.

    RépondreSupprimer
  9. qui sait? les urnes?

    RépondreSupprimer
  10. Un peu exagéré dans un sens. La vérité est peut être dans le juste milieu, comme l'Islam qui est la religion du juste milieu.
    Tout ce qui est excessif dans les réactions ne peut que favoriser les extrêmes. Et le tunisien n'aime pas ce qui est excessif..

    RépondreSupprimer
  11. la moitié d'une injustice reste une injustice, la moitié d'un droit n'est pas un droit, quand à l'islam comme religion de juste milieu, c'est de la démagogie, nous sommes ici entre arabo musulman pour s'épargner ce genre de slogans publicitaires destinés à reluire l'image de l'islam en occident, nous savons tous que l'islam est justement la religion de tous les excès, on peut y trouver ce qu'on veut des paroles les plus mielleuses aux revendications les plus fielleuses
    et pour ce qui est du peuple tunisien qui n'aime pas les excès, ça tombe bien d'en parler maintenant dans ce contexte, ce pays fraîchement libéré sombre doucement mais sûrement vers l'extrémisme religieux le plus radical, partis politiques criminels, et terroristes de l'aqmi en pagaille
    malheureusement pour vous, cet article parle de la Tunisie et non du merveilleux monde des Bisounours

    RépondreSupprimer
  12. Bravo pour tes idées machiavéliques qui ne sont guère étrange d'une Lilith, ce pseudo qui indique tout et qui nécessiterait de ta part, à lui seul, un discours.
    Mais un conseil : essayez d'écrire court et plus simple
    je ne veux pas aller fouiller dans les dictionnaires les mots, que je pense même les français ne comprennent pas, voire n'utilise plus d'autant plus que l'apprentissage de la langue de Molière s'est dégradée en Tunisie avec le régime de B.A.Z ,..... sauf si tu veux t’adresser à une élite.

    RépondreSupprimer
  13. avec le recul, c'était bien vu ! A "la schizophrénie légendaire des tunisiens" dixit , j'ajouterais le sentiment enfoui de culpabilité inexpiable de ne pas être un musulman pratiquant.

    RépondreSupprimer

Vous êtes emballé(e), vous êtes outré(e) ? N'hésitez pas à partager votre opinion :